urbanisationLa nécessité économique selon le Maire de Sarcelles

Selon le Maire de Sarcelles, le désenclavement économique de Sarcelles doit reposer sur la création de l’avenue du Paris et il s’en explique en ces termes lors de la réunion de concertation du 08-03-2012 à Sarcelles. Propos extrait du compte-rendu établit par le département.

On est d'accord. Mais ce sont des terrains qui sont, je le répète, en friche, abandonnés depuis cinquante ans. On est une ville où il y a 25 % de chômeurs pour les moins de 25 ans. On a enfin des investisseurs privés qui viennent créer de l'activité chez nous pour créer de l'emploi. Le centre commercial en face de chez vous, c'est 300 personnes du cru qui ont été embauchées.

Juste pour compléter la réponse. Quand vous dites, Monsieur, qu'une autoroute ou une route, une infrastructure routière n'a jamais créé une entreprise ou aucun emploi... Sauf que là, concrètement, on a un premier investisseur qui dit : « Je suis prêt à mettre 200 millions pour créer... », en disant « On met 200 millions à la condition qu'on ait cette voirie ».

On a un deuxième investisseur, le groupe Immochan, qui dit : « Je mets 1,7 milliard, à la condition que j'aie cette voie ». Alors on peut être pour ou contre le projet, on peut dire « Le projet est débile », ok. Mais quand vous dites que ça ne crée pas d'entreprises... Ils disent : « On est prêts à mettre 1,7 milliard pour créer 10 000 emplois et créer de l'activité ».

A en croire Monsieur le Maire de Sarcelles, l’avenue du Parisis conditionnerait au mois 2 milliards d’investissements privés dont 85% réalisés par le seul groupe Immochan. Cela mérite une petite explication.

Quel est le rôle d'Immochan  ?

Le groupe Auchan a séparé ses activités en spécialités, l’une d’entre elle, la gestion immobilière a été construite autour de sa filiale Immochan. En 2008, Immochan créé Citania, une filiale destiné à diversifier les activités de Immochan. Le groupe a en effet compris qu’il devrait être pro acteur sur les décisions d’urbanisme, anticipant ainsi les difficultés de financement des collectivités locales toute en formalisant une offre universelle d’aménagement regroupant, le logement, les commerces, les espaces communautaires, les espaces ludiques, etc.

« De "pure player" du commerce nous sommes devenus de véritables aménageurs du territoire, avec des programmes immobiliers mêlant commerces, bureaux et logements, voire en plus hôtels et loisirs, cela en partenariat avec la cité », explique Hervé Motte, directeur général d'Immochan France.

L’investissement annoncé par le Maire de Sarcelles est donc à la hauteur des enjeux pour le marché Français. D’autant qu’une fois encore Hervé Motte est très clair sur les relais de croissance pour Immochan :

Et si le relais de croissance pour Immochan se situe en partie à l'étranger, Hervé Motte estime qu' il n'y a pas de fatalité en France, citant en exemple le projet d'Europa City en partenariat avec la ville de Gonesse, les collectivités et l'Etat : gigantesque complexe de commerce, loisirs, culture et hébergement de 500.000 m² proche de Roissy. « Nos sites actuels vont devoir muter de lieux de périphérie en lieu de vie intégré à la ville », résume-t-il.

 

Pourquoi cela fonctionne t il ?

Monsieur le Maire de Sarcelles nous dit : « Ca fait 50 ans qu'on tire la langue à Sarcelles, parce que les villes d'à côté ne veulent pas nous aider, alors ça va, on n'a pas de leçon à recevoir de vous ! »

Monsieur VAILLANT donne une explication historique : « Ce projet est un projet majeur pour nous. Je voudrais juste faire un tout petit peu d'histoire. Moi je suis maire d'une ville, Villiers‐le‐Bel. En 1955, il y avait 5 000 habitants. En 1975, 20 ans après, il y en avait 27 500. Le nombre d'habitants a été multiplié par cinq en 20 ans. La même chose à Sarcelles, la même chose à Garges, à Gonesse, à Goussainville. A ce moment‐là, ce qui s'est passé, c'est qu'on a construit les logements et on n'a fait ni les routes, ni le développement économique qui allait avec. Aujourd'hui, on a un peu la chance historique que, entre le métro automatique du Grand Paris, l'avenue du Parisis, on peut enfin faire un véritable aménagement durable de notre territoire. »

A cela s’ajoute un dernier constat d’échec exprimé par Monsieur Patrick HADDAD (Conseiller municipal de Sarcelles) : Sur l'emploi, un point qu'il me semble important de préciser. D'abord, c'est qu'on est sur une zone à plus de 20 % de chômage, et que ça, ça devrait concerner quand même beaucoup de gens, quelle que soit notre sensibilité et quel que soit l'endroit où on habite, et que par rapport à ça, il faut bien qu'on trouve des solutions. Et avoir des solutions, c'est avoir des grands projets, et ces grands projets là ont besoin de ces infrastructures.

 

Le processus qui conduirait à considérer l’avenue du Parisis comme un préalable serait le suivant :

  • Un besoin de logement constituant des villes nouvelles après guerre mal maitrisé et conduisant à une urbanisation désordonnée créant les conditions d’un cataclysme social.
  • Une impuissance de la collectivité au niveau de l’État, de la Région et du Département, héritage de la centralisation puis de la politique de décentralisation qui, dans un contexte économique mondialisant associé à la dégradation du système éducatif systémique, favorise l’émergence de zone de chômages insoutenables autant qu’économiquement inexplicables. En effet même dans la théorie libérale qui considère l’offre de travail comme une variable d’ajustement, dépasser les 20% c’est être en dehors de la théorie économique et par conséquent, cela ne peut s’expliquer que par une contribution exogène à l’économie pure !
  • Une incapacité des pouvoirs publics dont l’origine est vraisemblablement un choix politique et une volonté persistante de ne pas le remettre en cause et demandant toujours plus de financement au point d’accaparer les finances publiques. Associé à la crise économique, le résultat est simple, les pouvoirs publics n’ont plus de capacité de financement.
  • Comme la nature a horreur du vide et que l’économie financière a largement bénéficié des conditions de marchés ces dernières années, on voit apparaître des substitutions de fonctions publiques vers le privé. Partant de ce postulat, l’offre de Citania-Immochan est parfaitement positionnée.
  • Bien entendu, l’universalisation de l’urbanisme tel que nous le propose Citania réussit à convaincre la classe politique puisqu’elle constitue une alternative au risque de chaos social. Néanmoins, ces offres se concentrent sur les perspectives de gains à court terme. Concrètement, on présente un projet long terme tronçonné en jalons rentables avec des conditions de sorties favorables. De sorte que, si le premier jalon est rentable, il finance le risque de rentabilité des jalons suivants. A contrario, les pouvoirs publics ne prenant pas en compte ce risque de défaut, ce dernier ne rentre pas en compte dans le calcul économique. Le risque de défaut représentant non seulement le risque d’arrêt du projet, mais aussi les conséquences préjudiciables qui en découlent. Dans le contexte tel qui nous est présenté, c’est 10 points de chômage pour la zone auxquels s’ajoutent les aspects financiers purs.
  • Ce type d’offre qui consiste à mutualiser les gains marginaux d’activités différentes, repose sur la capacité de mettre en œuvre le plus rapidement possible les marges les plus élevées pour générer le financement de marges moins importantes, mais sur des volumes bien plus importants. On prend alors conscience de la nécessité absolue du respect de deux principes : Etre en mesure d’arrêter le projet si les marges dégagées ne sont pas assez importantes et surtout faire assumer les activités et investissements sans marge au pouvoir public. Ce qui serait le cas de l’avenue du Parisis

Europacity et l’avenue du Parisis une logique commune ?

Puisque la logique de ce projet privé est de décliner l’investissement par activités générant des marges décroissantes, il est nécessaire que les activités de loisirs et ludiques soient en tête de liste. Hors on ne va pas, ou peu, faire des activités ludiques, de loisirs ou sportives en transport en commun. On y va en famille et avec sa voiture en utilisant une infrastructure dédiée.

Cependant, Europacity devrait se situer au milieu d’un nœud autoroutier, ferroviaire et aérien international, dans ces conditions qu’apporterait l’avenue du Parisis ? Finalement pas grand-chose de plus. A tel point que l’on peut se demander si Monsieur le Maire de Sarcelles a bien restitué les propos du groupe Immochan lorsqu’il prétend que : « On a un deuxième investisseur, le groupe Immochan, qui dit : « Je mets 1,7 milliard, à la condition que j'aie cette voie »

 

A suivre dans un prochain billet…